Le maire, cet entrepreneur public que les PME oublient
Les 15 et 22 mars prochains, 35 millions de Français éliront leurs conseils municipaux. On parlera sécurité, écologie, logement. Mais un sujet reste étrangement absent de la plupart des programmes : l'économie locale. C'est un angle mort qui coûte cher aux entrepreneurs.
Car le maire n'est pas un simple gestionnaire de voirie. Il décide si un commerce peut s'installer, si une entreprise peut s'agrandir, si une zone d'activité reste accessible. Il fixe la taxe foncière, organise le stationnement, oriente la commande publique. En un mot : il façonne le quotidien économique de son territoire.
Elles représentent 47 % de la valeur ajoutée nationale et emploient près d'un salarié sur deux. Source : Insee, Esane 2023
91 propositions, une seule question
À quelques jours du scrutin, la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) a publié un cahier de 91 propositions adressé aux candidats. Parmi les mesures concrètes : la création d'une commission « TPE-PME » réunissant élus et acteurs économiques, la désignation d'un référent entreprises en mairie, et une stabilité fiscale locale sur la durée du mandat.
Le message est résumé par le président de la CPME, Amir Reza-Tofighi : les élus locaux doivent être des partenaires stratégiques des entrepreneurs, pas des spectateurs. Le syndicat patronal a même mis en circulation une charte de dix engagements ouverte à la signature des candidats.
La question qui se pose est simple : combien de candidats l'ont signée dans votre commune ?
Le commerce de centre-ville, thermomètre de la gestion municipale
Il y a un indicateur que chaque électeur peut observer à l'œil nu : les rideaux baissés. En 2025, le taux de vacance commerciale atteint 11,6 % au niveau national, contre 10,7 % un an plus tôt et seulement 6 % en 2010. Dans certaines villes moyennes, un local sur cinq est vide.
En hausse de 0,9 point en un an. Le taux atteint 16,8 % dans les centres commerciaux et 11,7 % en pieds d'immeuble. Source : Codata Digest France, 13e édition, février 2026
Mais le constat n'est pas uniformément négatif. Une étude de la Fédération des acteurs du commerce dans les territoires (FACT) montre que 37 % des villes ont réussi à réduire leur vacance commerciale entre 2019 et 2024, contre seulement 12 % lors de la mandature précédente. La différence entre les villes qui résistent et celles qui déclinent ? L'engagement des élus.
Les maires qui obtiennent des résultats agissent sur plusieurs leviers simultanés : accessibilité et stationnement, embellissement du patrimoine, retour de l'emploi et du logement en centre-ville, événements culturels et sportifs. Ce n'est pas une recette magique — c'est une vision globale de la ville comme écosystème économique.
L'exemple concret : le stationnement
Prenons un sujet qui paraît anodin : le stationnement. Un maire qui supprime des places en centre-ville sans alternative crédible condamne ses commerçants. À l'inverse, une politique de stationnement bien pensée — première demi-heure gratuite, parkings relais connectés aux transports — peut suffire à maintenir un flux de clients. La Confédération des commerçants de France (CDF) en a fait l'un des thèmes de son Livre blanc consacré aux municipales 2026.
Ce que les entrepreneurs devraient demander à leur futur maire
Sans prétendre à l'exhaustivité, voici les questions qu'un chef d'entreprise pourrait poser aux candidats lors des réunions publiques :
Sur la fiscalité locale : Quelle trajectoire pour la taxe foncière et la cotisation foncière des entreprises (CFE) sur les six ans du mandat ? Les entreprises ont besoin de visibilité, pas de surprises budgétaires annuelles.
Sur la commande publique : Quelle part des marchés municipaux sera accessible aux TPE-PME locales ? Aujourd'hui, la complexité des appels d'offres exclut de fait les plus petites structures.
Sur le foncier : Quelle politique pour les locaux commerciaux vacants ? Certaines villes ont créé des foncières municipales pour racheter et remettre sur le marché des locaux abandonnés. D'autres laissent la vacance s'installer.
Sur le recrutement : Quelle offre de crèches, de logements, de transports pour permettre aux salariés de travailler dans la commune ? Comme le souligne la CPME, un salarié qui ne trouve pas de garde pour son enfant est un salarié que l'entreprise perd.
Une élection qui engage six ans
Les décisions prises en mars 2026 dessineront les centres-villes jusqu'en 2032. Six ans pendant lesquels des commerces ouvriront ou fermeront, des zones d'activité seront créées ou délaissées, des entrepreneurs décideront de s'installer ou de partir.
Selon un sondage relayé par le baromètre Centre-Ville en Mouvement, 66 % des Français souhaitent que la revitalisation des centres-villes figure à l'agenda municipal. La dynamisation du commerce de proximité est même la priorité numéro un citée par les personnes interrogées, devant la sécurité et le stationnement.
L'enjeu dépasse la politique partisane. Quelle que soit l'étiquette du candidat, la question est la même : a-t-il un plan concret pour l'économie locale ? Si le mot « entreprise » n'apparaît pas dans son programme, c'est un signal. Les entrepreneurs ne peuvent plus se permettre d'être absents de ce débat.
C'est aussi l'un des angles que j'aborde dans Le Piège Français : l'économie réelle se joue d'abord à l'échelle locale, dans ces décisions du quotidien que personne ne voit — mais que tous les commerçants et artisans subissent.